Ma vie a basculé le jour où je suis devenue maman.
Une petite bouille à la peau douce comme la soie, aux petits doigts si parfaits. Elle était là, à me regarder. « Bienvenue parmi nous », lui ai-je dit.
La naissance d’un premier enfant est toute particulière. Les suivants sont tout aussi merveilleux et transformateurs — mais, avec ce premier être, nous découvrons des responsabilités, des engagements qu’un enfant seul peut créer.
Ce bébé a aussi été le début de ma sur-adaptation. De ce que je croyais qu’on attendait de moi. La naissance du mythe de la mère parfaite.
La «mère parfaite» est un archétype dans lequel beaucoup se reconnaîtront.
Nourricière, attentive, puis forte — les bras chargés de sacs et de cosy, résistante jusqu’au bout de nuits achevées assise par terre, tenant la main de son bébé pour ne pas réveiller un papa qui travaille.
Elle se tait quand elle se sent jugée dans son éducation. Elle pleure cachée en se disant qu’elle ne s’y prend vraiment pas bien. Elle culpabilise pour un ticket de cantine oublié. Elle attend une reconnaissance qui ne vient jamais, pour des efforts qui lui semblent évidents, mais qui l’épuisent profondément.
Elle veut que sa maison soit toujours chaleureuse et accueillante. Elle ne se pose jamais.
Puis le travail reprend.
Elle devient « la pro trop parfaite ». La mère trop parfaite dédouble son identité dans le monde professionnel — investie, consciencieuse, brillante. Parfois redoublant d’efforts pour prouver que sa valeur est intacte malgré son nouveau statut de maman.
Le temps passe. L’habitude s’installe. Quels que soient les âges des enfants, c’est ancré désormais : être là, toujours, à fond, sans s’écouter, en se contrôlant. Elle a gagné en écoute, en compassion, en disponibilité…
Elle fait de son mieux, encore et toujours… Pour rester écoutée, ne pas passer pour la pénible, elle ravale ses mots…
Ce seront ses pièges.
Les tensions arrivent.
La fatigue d’abord. Les mécanismes de défense ensuite. La maman douce, la cadre ou dirigeante engagée et pétillante…, s’éteint.
Et tout le monde s’en fout. Pire : elle fait chier tout le monde avec ses éclats, ses décisions incomprises, ses coups de gueule. On l’admirait avant. On adorait travailler avec elle. On ne la comprend plus. On ne la
soutient plus.
«La pro trop parfaite» s’en est allée.
Le dragon est arrivé.
Un dragon intérieur contre lequel elle se bat seule – cherchant des solutions, prenant sur elle, voulant encore et toujours faire au mieux. Pour la boîte. Les collègues. Les enfants. Le mari. La belle-mère. Le chien.
Personne ne voit qu’elle se débat avec elle-même.
Des chemins s’ouvrent.
Il y aura des erreurs, des mauvais choix, peut-être. Libérateurs ?
Créateurs de nouveaux horizons ?
Ce sera son histoire. Une belle histoire, c’est certain. Elle va souffrir, c’est certain aussi.
La suite ? Elle appartient à ses prises de responsabilités personnelles et à sa capacité à choisir qui la fera grandir autrement en lui donnant des clés… ou pas.
Cette histoire est la mienne, mais elle peut être celle de tout cadre qui sʼengage dans son entreprise, de tout dirigeant pour qui sa société est son bébé.
C’est mon histoire, mais aussi celle de beaucoup d’autres passionnés qui ont appris à mieux se connaître pour mieux comprendre l’autre.
Veni, Vidi, Vici.
Un article de Vanessa Coste-Oukoloff Coach, retrouvez son espace Rosée de mai en cliquant ICI