Basculer entre filtres

TRANSGENERATIONNEL TRANSFORMER SON HERITAGE

Si je vous dis : les humains viennent au monde avec le projet inconscient de le réparer (le monde)… ou ... la vie est un processus auquel chacun d'entre nous participe en vue de son amélioration : comment ces propositions résonnent-elles en vous ? A quel endroit de votre vie vous sentez-vous contribuer à cette amélioration ? Dans le soin que vous mettez à transmettre à vos enfants, à vos-petits enfants… ou dans le cadre professionnel ? associatif ? amical ? Dans l'énergie que vous déployez à entretenir votre maison, à faire votre potager ? Dans l'attention à votre animal domestique, vos plantes, votre forme physique... ? A quel besoin répond chacune de vos activités ? En quoi vous sentez-vous innover dans votre vie ? En quoi répétez-vous des comportements dont vous ne savez d'où ils vous viennent ? Quelle différence faites-vous entre transmettre et inculquer ? Dans une journée, quel est le pourcentage de vos actes qui relèvent d'un vrai choix ? Que subissez-vous ? Croyez-vous au hasard ? Qu'est ce qui fait que vous vivez là où vous vivez ? Qu'est ce que les accidents ont changé dans votre vie ? Avez-vous déjà remis en question ce que vous faites par résignation, par habitude, ou par soumission ? Mais encore... Que répondriez vous à un enfant qui vous demande où il était avant le ventre de sa mère ? Etes-vous à l'aise pour évoquer votre sexualité avec vos enfants ? celle de vos parents ? Quel lien faites-vous entre la sexualité et la mort ? Votre naissance, celle de votre enfant, sont-elles advenues dans le sillage de la mort d'un proche parent ? Quel lien entretenez-vous avec vos ascendants ? Vous arrive-t-il de ressentir, à travers la satisfaction que vous procure telle ou telle activité, que vos ancêtres sont contents ? Et maintenant, comment vous sentez-vous ? Y a-t-il un espace en vous pour ces questionnements ? ……………………………………………………………………………………………………………… Il va tellement de soi, le lien qui nous relie à ceux qui nous ont transmis la vie ! Et pour cause… On s'est construit dedans, jusqu'à ce que ça fasse mal… jusqu'à ce que la douleur physique, la perte d'un être cher, la souffrance psychique, nous fassent expérimenter la dualité de notre condition terrestre... Il ne s'agit pas de trouver des coupables à nos problèmes, mais de transformer nos héritages en force. Nous pourrions regarder nos difficultés, les obstacles que nous rencontrons, tout ce qui dans nos vies fait problème, comme une opportunité de naître à nouveau. Tout, car il faut être prêt à prendre la responsabilité de ce qui nous arrive et accepter pleinement nos conditions de vies pour entreprendre une transformation qui est d'abord la nôtre (intérieure), avant qu’elle influe sur notre environnement. Nous sommes tous issus du Peuple de ceux qui n'ont pas la parole : les enfants. Jusqu'à l'expérience, fondamentale, de la séparation, au coeur de nos processus d'individuation. La séparation nous interroge, elle nous demande de regarder quelque chose… mais quoi ? Toutes les interrogations ci-dessus pointent nos façons quotidiennes de vivre, sur le plan de la vie matérielle – ce qui se voit-, mais aussi du désir – ce qui nous bouge-, et de la mort – qui nous enseigne que tout ne se voit pas… Rien ne dit que ces questions doivent trouver réponse définitive. Longtemps, les autorités de tout poil ont revendiqué le monopole des réponses. En matière d'invisible, les religions 1 ont longtemps imposé les leurs : des réponses calibrées, contrôlées, discutées « plus haut », inculquées « en bas » par des intercesseurs, des prêtres. Si bien que lorsque ceux qu'on aime mouraient, ils nous échappaient d'autant plus qu'avec ces histoires de paradis et d'enfer, de « ciel » et d' « en bas » qui fléchaient leurs trépas en attisant la peur, on les perdait deux fois. Que devenaient-ils alors, ceux qu'on aimait, quand ils quittaient ce monde ? Chacun de nous porte la trace de toutes ces expériences humaines qui ont probablement ouvert la voie à la spiritualité contemporaine ; une spiritualité qui n'a pas tant besoin de réponses que d'inspiration et d’expérimentation, et qui peut aujourd'hui aller à la rencontre - songeons au développement de l'oecuménisme, au dialogue actuel qui fait se rejoindre une certaine spiritualité avec une certaine science - et renouveler le lien que nous entretenons avec l'Ancêtre, celui qui nous précède… puisque nous sommes tous bel et bien nés quelque part. Repenser l’Ancêtre Depuis une quarantaine d'année les travaux consacrés aux transmissions transgénérationnelles et leur responsabilité dans nos désordres psychiques se multiplient. Citons Maria Torok et Nicolas Abraham, (L'écorce et le Noyau, 1978), Didier Dumas (L'Ange et le Fantôme, 1985), Anne Ancelin-Schützen Berger (Aïe mes aïeuls,1993)… Ces pionniers ont observé et décrit les corrélations entre les troubles psychiques, les accidents, les pathologies et la manifestation d'un vécu ancestral dans la psyché - mémoire liée à un événement non intégré et transmis sous forme de secret via l'inconscient familial, cette dimension majeure de l'inconscient que Freud, en son temps, avait renoncé à explorer -. Ils ont défini des concepts-clés comme celui de secret, de fantôme, d'impensé généalogique... Les recherches s'accompagnent de nouveaux cadres thérapeutiques : réalisation de géno(socio)grammes, analyse transgénérationnelle, psychophanie transgénérationnelle (communication facilitée avec la mémoire de l'ancêtre en nous) mais encore thérapies de groupe en appui sur des outils comme le le jeu de rôle et le psychodrame (les constellations familiales développées par Bert Hellinger), et croisent avec d'autres approches comme le décodage biologique et l'épigénétique. Un certain nombre des pratiques actuelles rejoignent les pratiques chamaniques ou psychomagiques (Jodorowsky), en tant que le sujet est invité à réparer ses ancêtres et à transformer sa vie par un acte posé en conscience : le rituel. Toutes ces approches se fondent sur une vision systémique du sujet. En d’autres termes, nous n'existons pas séparément d'un contexte et il nous faut, pour nous comprendre, considérer l'environnement dans lequel nous évoluons : lequel peut s’envisager comme la manifestation du passé dans le présent. La meilleure réponse à nos questions se trouve probablement dans l'espace qu'elles créent, à l'intérieur de nous et le meilleur rituel est celui que nous inventons nous-même. En tant que thérapeute, mon métier consiste à accompagner les êtres dans leurs processus de prise de conscience, au plan psychique avec l'Analyse et Résolution transgénérationnelles, et au plan corporel avec un outil pour questionner nos façons de bouger, révélatrices de nos façons de penser et d'agir. Là où se ressent le besoin d'interroger ce qui n'avait pas lieu de l'être jusqu'à ce que ça fasse mal – douleur à l'épaule, à la hanche, ou à la mère – il s'agit de relier ce qui cherche en nous reconnaissance et intégration, à un ensemble plus grand. Sur le plan corporel, c’est notre squelette. Sur le plan psychique, c’est l'Arbre de Vie que nous portons en nous (communément appelé : arbre généalogique). Le transgénérationnel propose un cadre pour objectiver l'histoire familiale sur plusieurs générations, avec des outils, des clés pour se mettre debout devant elle : ordonner les générations dans l'espace et le temps par le vecteur d'un grand rectangle en papier blanc ; regarder les faits et le récit qui en est fait, mettre les croyances qui le sous-tendent en lumière, questionner ces croyances, leur validité, au regard ce qui, aujourd'hui, fait problème… ; prendre la mesure de ce qui n'a pas été dit, comme l'enfant vient coller son oreille aux portes, non par vice, mais pour répondre au besoin central d'information qui est le sien - grâce auquel il se construit une saine image du monde, celle à partir de laquelle il va se relier, agir, orienter ses choix, canaliser ses désirs, conduire sa propre évolution, puis transmettre à son tour. Avec ce travail, il ne s'agit pas de remonter le plus haut possible, mais de laisser se manifester ce qui est là et qui a besoin de se dire. Voilà pourquoi je propose un temps avec le corps, un temps de résonance, de résolution de ces histoires qui, faute d'avoir été métabolisées dans les générations passées, créent nos désordres présents. Nous avons tous eu affaire à l'Archaïque et au Secret. Pour les générations d'autrefois, de tout un tas de sujets, en particulier les plus importants, on ne parlait pas. Aujourd'hui, peut-être n'imaginons-nous même pas que les misères vécues par nos aïeuls aient été vécues par des êtres comme vous et moi : vivants. Des êtres sensibles, aussi réprimée qu’ait été leur sensibilité. Quand on interroge nos ascendants, voilà ce qu'en général, on entend : en ce temps-là, c'était comme ça – les guerres, les morts prématurées d'enfants, etc. Et c'est vrai ! Mais qu'on naisse en Iran, au Mali, ou ici deux ou trois générations en arrière, il n'y a que des raisons de se sentir trahi(e) par ses parents quand on vous marie trop tôt, ou contre votre gré. Il a fallu une sacrée dose de coercition pour faire que ces carcans aillent de soi. Et il nous faut une volonté besoin d’autonomie pour en sortir ! Ces histoires du passé nous constituent. Elles ont modelé l'environnement où nous avons grandi et continuent d'imprégner, sinon d’empoisonner, les relations entre les hommes et les femmes. Il faut du courage pour reconnaître en soi-même cette loi du silence, fondée sur la peur, que nous avons intégrée et qu'il nous faut braver pour lever nos résistances. Révélateur est notre regard sur le monde. Révélatrice, la relation que nous entretenons avec l'enfant, - qu’il soit notre enfant intérieur, celui que nous avons été, ou celui qui nous entoure - et la possibilité qu'on lui laisse d'exprimer sa curiosité légendaire. Car c'est bien lui, c'est l'enfant, qui porte la question au coeur du présent, lui dont le défi consiste à inventer sa place en CE monde.... Il est recommandé d'exercer son discernement à l'endroit de nos héritages, de confronter les valeurs, sinon l'absence de valeurs, dans ce qui nous a été transmis, d’accueillir ce qui cherche à se faire entendre au présent de nos symptômes. Comme le dit un certain adage zoulou « quand on a l'esprit violent, on l'a aussi confus » 2. Ce sont nos désordres physiques, mais aussi ces pensées qui nous obsèdent, ces comportements qui nous échappent, ces compulsions où l'on ne se reconnaît pas, qui nous exhortent à mettre en lumière ce qui a disfonctionné dans les familles, les couples dont nous sommes issus, en lien avec des environnements et contextes sociaux, historiques, affectifs, qui furent les leurs. On ne peut pas sortir de nos Arbres ! Mais pacifier la relation à nos ancêtres plutôt que leur tourner le dos, c'est transformer nos héritages en force, en ouvrant notre coeur à la totalité de l'expérience humaine. Nos équilibres respectifs sont interdépendants. Que nous transmet-il de si important, l'Ancêtre ? — Hier j'étais celui que tu es aujourd'hui, demain tu seras celui que je suis. 3 — Moi qui ai été, moi l'anc-être, en te passant la vie, je te transmets le pouvoir du JE SUIS et sa ressource : le libre-arbitre qui fait qu'à chaque instant, tu es face à un choix, une opportunité de positionnement et d'engagement. Contribuer à améliorer la vie... voilà pourquoi tu es là. Tu me suis, tu marches dans mes pas… et parce que je te précède et que tu m'aimes, une partie de toi meurt avec moi quand je meurs, et ainsi je t'enseigne l'art de mourir... et l'art de vivre, tu le parfais, après moi… Et si nous posions l'amour inconditionnel au coeur des relations ? Hélène Millardet Praticienne en Analyse et Résolution transgénérationnelles Enseignante en méthode Feldenkrais www.helenemillardet.com Article paru dans le hors série de STRADA 2016 " bien être au naturel et soins alternatifs" 1 - Religion, étymologiquement, c'est ce qui nous relie… 2 « Nom'inqwando Yes Qxag Iqwahasa » : c'est le refrain porté par un choeur de femmes dans la chanson que Maxime Le Forestier chantait en 1987, Etre né quelque part. 3- Phrase trouvée à l'entrée de certains cimetières de la Navarre espagnole. .

Filtrer par type

Chargement des résultats …